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 BERLIN 2010 58    DATE : 21/02/2010 
Edito
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Le palmarès complet du festival de Berlin 2010
 
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Mammuth
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Que dire de ce Waterloo cinématographique ?...

Mammuth, c’est une moto qu’enfourche Gérard Depardieu, fraichement retraité, pour retrouver les employeurs de son passé qui ont oublié de payer ses cotisations. Sur ce prétexte de road movie, Benoît Delépine et Gustave de Kerven enchaînent des saynètes sans rapport pour, a priori, 1 : prouver qu’ils sont irrésistiblement comiques, 2 : faire de l’Art.
Avant de finir ouvrier dans un abattoir, le personnage de Depardieu avait été videur, fossoyeur, forain… Les sketches invitent, dans un tour de France du prolétariat, des intervenants caricaturaux, adipeux, vulgaires et demeurés. Un chant irrespectueux sur une tombe, une branlette réciproque entre l’oncle et son neveu sexagénaires, un DRH lubrique, un vendeur gratuitement haineux… rien n’est épargné et, plus grave, rien n’est justifié. Hormis la scène d’introduction autour d’un puzzle, tout est nauséeux. Mammuth respire la suffisance crasse.
Pour ponctuer le calvaire, Delépine fait renaître avec le fantôme d’Adjani le souvenir d’un amour accidenté. Pourquoi ?... Parce que Mammuth se veut chargé d’une ambition onirique, d’une posture artistique et d’un sous-texte intello : porté par ses Muses, le prolo arriéré va révéler le poète-philosophe qui sommeille en lui. Au secours. Les Muses, ce sont la fameuse Isabelle Adjani (quatre apparitions insipides de vingt secondes chacune), Yolande Moreau l’épouse, et une nièce attardée mentale qui se fait appeler Miss Ming.
[ndlr : pour information, Miss Ming n’est pas seulement le nom du personnage, c’est le vrai nom de cette Artiste présentée comme touche-à-tout, certainement trop consciente de sa valeur pour tolérer d’effacer son patronyme derrière un caractère de fiction. Une conception de l’humilité qui résume tout…].

…L’équipe de Mammuth est arrivée à la conférence de presse dans le même état d’esprit que le film : hautaine, un verre de rouge à la main, grossière avec ses hôtes. Ses propos invoquaient en permanence les Surréalistes ; ont été cités en référence Duchamp, et pour le cinéma Blier, Pialat, Rossellini… Pardon ? Au-delà du Beau, l’Art doit être en un sens provocateur ou provoquant : Benoît Delépine n’est que provoc’. Chaque décor, chaque détail dans les plans, portent pourtant une trace affichée de cette volonté Artistique dont les auteurs se gargarisent. Cette visibilité est tellement imbue d’elle-même qu’elle vire au snobisme et, au final, méprise les personnages que le film met en scène.
Une journaliste a lancé : « on a l’impression quand on voit les films français que votre vie est d’une cruauté abrutissante ; on a le sentiment que votre pays n’aime pas son peuple ». Effectivement, si Mammuth fait référence dans un festival international, on peut s’inquiéter de l’image des Français et de celle de notre cinéma. Benoît Delépine et Gustave de Kerven ont bouclé leur scénario en deux mois. Ils auraient peut-être dû travailler davantage, ou rester à Groland où leur talent trouve sa mesure.

Un conseil néanmoins : ne vous arrêtez pas à cette seule critique, car le film a été majoritairement applaudi. Pour en revenir à l’Art, certains peuvent voir dans un empilement d’ordures l’incarnation du génie, d’autres n’y verront qu’un amas de déchets et passeront pour des imbéciles incultes. J’ai choisi mon camp. Question de perception.
Zoom ?
Mammuth, de Benoît Delépine et Gustave de Kerven

Ecrire à l'auteur de l'article  Stéphane Simon  
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