En remontant à l’aïeul, le générique de En Familie semble ouvrir la voie à une grande saga familiale ; un portfolio en noir et blanc traverse les générations des Rheinwald, boulangers de père en fils, fournisseurs de la Couronne du Danemark. Avec deux mariages et quatre enfants, Rikard, le dernier patriarche, est à la tête d’une famille moderne recomposée qui s’étire de 7 à 77 ans. Il marque pourtant la fin d’une lignée : la saga ne dépassera pas le générique.
Pour Rikard, la boulangerie est le poumon de la famille, sa raison, son motif ; ses vrais enfants sont les petits pains livrés tous les matins. De son côté, sa fille aînée Ditte a d’autres rêves : New York (le fade pays des donuts et des bagels) et le marché de l’art. Mais en apprenant que son père est frappé d’un cancer irréversible, elle renonce à ses ambitions personnelles et à son couple par conscience filiale.
Avec la mort en toile de fond, Pernille Fischer Christensen signe un film sur le devoir et la liberté, l’amour et la responsabilité, la réalisation individuelle et la perpétuité des traditions. Elle prend la famille Rheinwald à son crépuscule : les derniers jours du père marquent l’extinction de la boulangerie ; ils symbolisent l’effritement des valeurs, de l’héritage, de la généalogie même. Jusqu’à son dernier souffle, le patriarche omnipotent, intransigeant, volontariste, lutte pour imposer à son entourage le flambeau qu’il a porté toute sa vie ; ce qu’il croyait être une famille est un conglomérat d’individus, dans lequel chacun privilégie au bien commun son épanouissement personnel. Autres temps, autres mœurs.
Si En Familie malmène l’esprit clanique, il musèle dans le même temps l’individualisme par l’amour incommensurable qui unit chacun, jusqu’au sacrifice. Avec beaucoup de compassion, Pernille Fischer Christensen entre dans les déchirement d’une famille, l’intimité de la mort et de son accompagnement. |
 En Familie, de Pernille Fischer Christensen
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