Le plein de vide
Lucrecia Martel revient en Compétition, quatre ans après La Niña Santa, remarquable parabole sur les contradictions de la foi catholique et la surdité morale. Son nouveau film évoque grandement Last Days. Comme Gus Van Sant, la cinéaste argentine tente de capturer une âme qui, calmement, se désolidarise d’un corps. A l’image du double de Kurt Cobain chez GVS, sa « femme sans tête » perd en douceur toute prise sur le monde. Après un accident de voiture, Veronica n’est plus elle-même et s’imagine avoir tué un homme. Le film ne définit pas précisément si elle est atteinte d’amnésie, d’apathie ou d’une forme de régression mentale dans laquelle elle se complairait. Intrigué un temps, le spectateur n’éprouve rapidement plus que de l’ennui. Lucrecia Martel répète, inlassablement, les mêmes saynètes où Veronica apparait déphasée et amorphe face à ses proches. A force de ne rien relater, de retranscrire l’absence de son personnage par les non-dits du récit et via un parti-pris de mise en scène poussant les figures vers le hors-champ, La Mujer sin Cabeza se gorge d’une désolante impression de vide.
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 \"La femme sans tête\" de Lucrecia Martel
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