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 CANNES 2008 40    DATE : 22/05/2008 
Edito
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Cahier critique
Che
Cahier critique
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Cahier critique  
Che
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Che pas le Pérou

Certains se rendaient hier soir à la projection de Che comme les risque-tout de Jackass relèvent leurs défis crétins : tenir jusqu’au bout de ses 270 minutes, simplement pour le plaisir futile et snob de crier haut et fort « je l’ai fait ». Le petit goûter offert à mi-parcours, bouteilles d’eau et barres chocolatées, aux sales gosses de la salle Bazin, paraissait superflu puisque Cannes a déjà programmé et programmera des films plus longs, sans pause (dès cet après-midi avec les 4h40 de Now Showing à la Quinzaine), mais alimentait parfaitement le côté folklorique de la performance.

Et ce Che, alors ? Alors, tout ça pour ça. Il pourrait durer encore des plombes que rien ne se passerait, car Steven Soderbergh se trompe : ce n’est pas du temps qu’il faut pour raconter el Comandante, c’est un point de vue. Aussi perfectible fut-il, Carnets de voyage, l’évocation de la jeunesse d’Ernesto par Walter Salles, martelait au moins l’envie de toucher à une certaine intimité. Soderbergh, lui, fait étalage de savoir sans jamais poser une problématique claire (révérer l’icône ? La démythifier ? Faire œuvre de pédagogie ?). Le brio technique du tournage en pleine jungle souffre de facilités stylistiques (le filtrage de l’image façon Traffic, par exemple) qui uniformisent les creux et les bosses d’un parcours pourtant largement accidenté. La dichotomie de principe (deux films) désamorce la complexité du poète guerrier, chaque segment prenant en charge une donnée du hiatus : à la première, la pure rhétorique, la maturation du discours, fort justement illustrée par l’alphabétisation des soldats ; à la deuxième, le combat, friand d’affrontements plus longs, suite et remake dégradé de sa sœur (la Révolution mord la poussière en Bolivie après avoir réussi à Cuba). Entre l’ascension et la chute, un pic symbolique abandonné au trou noir de l’entracte : la prise de La Havane et l’arrivée au pouvoir de Castro. Privé de ce moment de suspension dans la lutte, de cette pause, le Che avance en éternel vagabond, partout considéré en étranger.

Ce mouvement perpétuel ne rend malheureusement jamais palpable un quelconque voyage intérieur. Egal d’un bout à l’autre du parcours malgré un Benicio del Toro habité, Guevara tourne sur lui-même à la manière d’un disque rayé, dispensant pareillement dans l’intimité ou à la tribune une parole aussitôt transformée en slogan, voire en produit (le parallèle possible entre sa campagne militaire et la nécessité de se « vendre » auprès des paysans afin de leur acheter des vivres). Sans génériques de début ni de fin, la version cannoise flaire la copie de travail, vouée à un indispensable remontage motivé aussi bien rythmiquement (des longueurs), qu’économiquement (la faiblesse narrative du deuxième film le rend difficilement exploitable seul en salle, privé de l’inertie impulsée par le premier). Che aurait dû être un de ces grandes œuvres malades à peine terminées, comme Apocalypse Now en son temps, dont il refuse la folie pourtant à portée de caméra. A l’état de longue ébauche, pas indigne mais superficielle, il fait seulement regretter que Terrence Malick, réalisateur prévu à l’origine, n’en soit pas resté le maître d’œuvre.
Zoom ?
\"Che\" de Steven Soderbergh

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